Poème du jour – Le Bernica – Leconte de Lisle

bernica

Le Bernica

Perdu sur la montagne, entre deux parois hautes,
Il est un lieu sauvage, au rêve hospitalier,
Qui, dès le premier jour, n’a connu que peu d’hôtes ;
Le bruit n’y monte pas de la mer sur les côtes,
Ni la rumeur de l’homme : on y peut oublier.

La liane y suspend dans l’air ses belles cloches
Où les frelons, gorgés de miel, dorment blottis ;
Un rideau d’aloès en défend les approches ;
Et l’eau vive qui germe aux fissures des roches
Y fait tinter l’écho de son clair cliquetis.

Quand l’aube jette aux monts sa rose bandelette,
Cet étroit paradis, parfumé de verdeurs,
Au-devant du soleil, comme une cassolette,
Enroule autour des pics la brume violette
Qui, par frais tourbillons, sort de ses profondeurs.

Si Midi, du ciel pur, verse sa lave blanche,
Au travers des massifs il n’en laisse pleuvoir
Que des éclats légers qui vont, de branche en branche,
Fluides diamants que l’une à l’autre épanche,
De leurs taches de feu semer le gazon noir.

Parfois, hors des fourrés, les oreilles ouvertes,
L’oeil au guet, le col droit, et la rosée au flanc,
Un cabri voyageur, en quelques bonds alertes,
Vient boire aux cavités pleines de feuilles vertes,
Les quatre pieds posés sur un caillou tremblant.

Tout un essaim d’oiseaux fourmille, vole et rôde
De l’arbre aux rocs moussus, et des herbes aux fleurs :
Ceux-ci trempent dans l’eau leur poitrail d’émeraude ;
Ceux-là, séchant leur plume à la brise plus chaude,
Se lustrent d’un bec frêle aux bords des nids siffleurs.

Ce sont des choeurs soudains, des chansons infinies,
Un long gazouillement d’appels joyeux mêlé,
Ou des plaintes d’amour à des rires unies ;
Et si douces, pourtant, flottent ces harmonies,
Que le repos de l’air n’en est jamais troublé.

Mais l’âme s’en pénètre; elle se plonge, entière,
Dans l’heureuse beauté de ce monde charmant ;
Elle se sent oiseau, fleur, eau vive et lumière ;
Elle revêt ta robe, ô pureté première !
Et se repose en Dieu silencieusement.

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L’absence de Verlaine

love-1333508_1920.jpgL’absence

Quinze longs jours encore et plus de six semaines
Déjà! Certes, parmi les angoisses humaines
La plus dolente angoisse est celle d’être loin.
On s’écrit, on se dit comme on s’aime; on a soin
D’évoquer chaque jour la voix, les yeux, le geste
De l’être en qui l’on mit son bonheur, et l’on reste
Des heures à causer tout seul avec l’absent.
Mais tout ce que l’on pense et tout ce que l’on sent
Et tout ce dont on parle avec l’absent, persiste
A demeurer blafard et fidèlement triste.
Oh! l’absence! le moins clément de tous les maux!
Se consoler avec des phrases et des mots,
Puiser dans l’infini morose des pensées
De quoi vous rafraîchir, espérances lassées,
Et n’en rien remonter que de fade et d’amer!
Puis voici, pénétrant et froid comme le fer,
Plus rapide que les oiseaux et que les balles
Et que le vent du sud en mer et ses rafales
Et portant sur sa pointe aiguë un fin poison,
Voici venir, pareil aux flèches, le soupçon
Décoché par le Doute impur et lamentable.
Est-ce bien vrai?  Tandis qu’accoudé sur ma table
Je lis sa lettre avec des larmes dans les yeux,
Sa lettre, où s’étale un aveu délicieux,
N’est-elle pas alors distraite en d’autres choses?
Qui sait? Pendant qu’ici pour moi lents et moroses
Coulent les jours, ainsi qu’un fleuve au bord flétri,
Peut-être que sa lèvre innocente a souri?
Peut-être qu’elle est très joyeuse et qu’elle oublie?
Et je relis sa lettre avec mélancolie.

Paul Verlaine

 

Poème du jour – Verlaine

Ayant poussé la porte étroite qui chancelle,
Je me suis promené dans le petit jardin
Qu’éclairait doucement le soleil du matin,
Pailletant chaque fleur d’une humide étincelle.
Rien n’a changé. J’ai tout revu : l’humble tonnelle
De vigne folle avec les chaises de rotin…
Le jet d’eau fait toujours son murmure argentin
Et le vieux tremble sa plainte sempiternelle.
Les roses comme avant palpitent ; comme avant,
Les grands lys orgueilleux se balancent au vent,
Chaque alouette qui va et vient m’est connue.
Même j’ai retrouvé debout la Velléda,
Dont le plâtre s’écaille au bout de l’avenue,
Grêle, parmi l’odeur fade du réséda.

Paul Verlaine

 

Rencontre avec Le Télégramme – Carhaix

Colline Hoarau : « Parfois, on entend que les cultures traditionnelles nous enferment. Je crois au contraire que, quand on a bien compris notre histoire, nos racines, on ne peut que s’y sentir mieux, et ça nous ouvre aux autres ».

L’auteure réunionnaise Colline Hoarau, amoureuse du Centre Bretagne, dédicacera son nouveau roman, samedi 16 juin, à Carhaix.

Dans vos ouvrages, l’île de la Réunion apparaît toujours en filigrane. Quels liens vous y rattachent ?

Je suis née à La Réunion de parents réunionnais mais avec une histoire multiculturelle. Quand on est Réunionnais, on a forcément des Bretons dans nos ancêtres, au même titre que des Indiens, des Africains, ou des Français d’autres régions. Quand on est attaché à sa culture, on l’emmène où qu’on aille. Lorsque j’écris sur La Réunion, le but est ainsi de figer des moments ou des lieux car, quand on quitte un endroit, on emporte une malle d’émotions. Il me semble important de les mettre par écrit.

L’action de votre nouveau roman, « Peut-on tout réparer ? », est située en Centre Bretagne. Qu’est-ce qui vous relie au Kreiz Breizh ?

J’y ai travaillé dans le domaine de la formation. À cette occasion, j’ai pu découvrir la richesse patrimoniale, culturelle, traditionnelle…

Vous êtes notamment tombée amoureuse de la langue bretonne…

Quand je me suis installée en Bretagne il y a six ans, j’étais souvent frustrée de voir des panneaux que je ne comprenais pas. Il me semble que pour bien comprendre une culture, il faut apprendre la langue pour mieux la vivre. Parfois, on entend que les cultures traditionnelles nous enferment. Je crois au contraire que, quand on a bien compris notre histoire, nos racines, on ne peut que s’y sentir mieux, et ça nous ouvre aux autres. J’ai donc suivi un stage Stumdi durant six mois, avant d’obtenir une licence. Je viens même de valider mon niveau de breton parce qu’à la rentrée, je serai remplaçante en école primaire à Diwan ou en filière bilingue. J’ai peut-être enfin trouvé ma voie en plus de l’écriture.
Le nouveau roman est la suite d’un précédent ouvrage, « Sois sage Reine-May » publié il y a quelques années…

On y retrouve cette petite fille réunionnaise qui a été adoptée par des Bretons, qui continue à grandir et on y retrouve certains lieux emblématiques du Kreiz Breizh, à l’image de Sainte-Tréphine ou de la Vallée des Saints. C’est l’histoire de ce personnage fragile, au passé compliqué, qui découvre l’amitié et d’autres sentiments. « Sois sage Reine-May » continue à bien fonctionner. Certains lecteurs étaient tellement persuadés que l’histoire était réelle qu’ils sont allés chercher à Sainte-Tréphine le couple breton qu’ils n’ont jamais trouvé. Les gens ont parfois du mal à imaginer qu’on puisse inventer complètement une histoire et des personnages. Tout est inventé, sauf les lieux. Je m’attache à la réalité des lieux et j’essaye aussi d’avoir une cohérence dans la psychologie des personnages.
Pratique

Colline Hoarau dédicacera son dernier roman, « Peut-on tout réparer ? », samedi 16 juin, à la Maison de la presse de Carhaix, de 10 h à 12 h.
© Le Télégramme https://www.letelegramme.fr/finistere/carhaix/litterature-colline-hoarau-a-adopte-la-bretagne-13-06-2018-11992626.php#e4wr1JMXD9SFVQlf.99

Prochaines rencontres en Bretagne Fin mai – Juin

  • Participation au repas des adhérents de France Parkinson au Grand Large à Ploufragan le jeudi 31 mai.

Invitation Le Grand Large

fest kabar

  • Repas avec Fest-kabar, une association culturelle mêlant les deux cultures, réunionnaise et bretonne, le Samedi 2 juin à Saint-Brandan – 22
  • Salon du livre de Vannes le dimanche 10 juin

livre vannes

  • Dédicaces à la Maison de la Presse de Carhaix (29) –
    2 Rue des Martyrs, 29270 Carhaix-Plouguer. De 10 h à 12h30
    Il est possible de réserver un exemplaire au : 02 98 93 04 77
    carhaix
  • Rencontre avec les lecteurs à la bibliothèque de Landéhen – 7 Place du Bourg, 22400 Landéhen le samedi 23 juin de 10h30 à 12h.

biblio

Réservez votre ouvrage dédicacé à l’avance : hoarau.colline@gmail.com