La légende de Sainte-Tréphine, extraite de Sois sage, Reine-May

magician-1830244_1920.jpgMamm-Gozh adorait, comme son père l’avait fait pour elle, raconter les histoires. Celle qu’elle connaissait merveilleusement bien et que j’adorais était la légende de Sainte-Tréphine. Elle en connaissait plusieurs versions dans les moindres détails. Mais, moi, je préférais celle avec l’anneau, assurément la plus romantique.

Elle commençait ainsi, avec son ton solennel :

« Il était une fois,

Ur wech e oa,

C’était encore plus joli ce début en breton.

Comme un dicton.

Une jeune fille qui s’appelait Tréphine, en réalité, Trifin.

Elle était rayonnante, solaire avec les mains fines et une jolie trombine.

C’était la seule fille de Warok.

Un homme puissant et fort comme un roc.

De sa mère, on n’entendit jamais parler.

On l’imaginait, à prier, agenouillée.

Son père, tenait à sa descendance comme à son plus précieux trésor.

Nous sommes au Vième siècle,

Dans les années 500 et quelque.

Trifin vivait dans un pays qui portait le nom de son père,

Le pays de Warok,

Aussi désigné Broérec.

De l’autre côté, vivait le grand Conomor, le chef du pays de Poher.

Cinq femmes, il avait déjà eu.

Elles avaient, disait-on, disparu.

Comment, personne ne le sut.

Puissant, il l’était également.

Charmé par Tréphine et voulant agrandir son territoire, il demanda la main de la fille à son père.

Connaissant la réputation de cet homme sanguinaire,

Le père demanda conseil et protection au célèbre Saint-Gildas, dont les pouvoirs semblaient infinis.

« N’aie crainte, lui dit-il. Je vais lui confier un anneau magique. Lorsqu’elle sera en danger, il deviendra noir. »

Sur ces paroles rassurantes, le grand Warok confia sa fille au grand Conomor.

Le mariage se fit.

Tréphine et Conomor se chérissaient.

Cela dura un temps qui ne fut pas infini.

Un jour, la belle femme sentit son ventre arrondi.

Heureuse, elle commença à tricoter la bonnetterie.

Le mari à qui on avait prédit une mort provoquée par un fils, ne pouvait accepter ce défi.

Un jour, alors qu’elle paressait béatement, l’anneau d’argent commença à foncer jusqu’à être aussi noir que les ailes d’un corbeau.

La nuit venue, Tréphine, inquiétée par ce signal du sort, se réfugia dans la chapelle pour prier à côté de la porte du caveau dont elle avait sorti la clé du trousseau.

En bas, elle découvrit les cinq premières épouses de Conomor qui voulurent l’aider, debout, sorties de leur cercueil.

Fais attention à toi. Il voudra t’assassiner comme il nous a tuées. Regarde, dirent-elles, en montrant un sixième cercueil neuf. Tu lui as parlé de ta maternité et il veut te tuer. Tu dois échapper à cet homme cruel.

  • La première lui tendit le poison avec lequel Conomor l’avait empoisonnée pour tuer le molosse qui gardait la porte.
  • La deuxième lui tendit la corde avec laquelle Conomor l’avait étranglée pour descendre le long du rempart.
  • La troisième lui tendit un flambeau avec lequel Conomor l’avait brûlée pour la guider dans l’obscurité de la nuit.
  • La quatrième, lui tendit un bâton avec lequel Conomor avait brisé son front pour l’aider à se frayer un chemin.
  • La cinquième lui tendit une haquenée[1] blanche, avec laquelle Conomor l’avait attachée par sa chevelure pour la porter.

Avec tous ces présents, Tréphine réussit à s’enfuir.

Lorsque Conomor revient retrouver sa femme, il ne trouve que son fidèle compagnon canin envenimé. Regardant au loin de par la tour du château, il vit au nord, un corbeau croassant, à l’est, une hirondelle traversant, au sud, un goéland planant, à l’est une tourterelle fuyant.

La courageuse Tréphine traversa le Blavet jusqu’à la voie romaine de Rennes à Carhaix. L’habile Conomor parvint malgré les efforts de Tréphine à la repérer quand, tout à coup, elle aperçut le faucon d’or de son père. Elle lui tendit la bague qu’il devait rapporter au père Waroc’h. Et elle se mit à prier. À ce moment précis, elle se trouvait à l’emplacement de l’église qui portera son nom.

Apeurée, elle attend son sort. Elle pleure, implore, supplie qu’on la laisse en vie, elle et son petit.

[1] Petite jument se déplaçant élégamment au trot.

La suite dans « Sois sage, Reine-May »

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s